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Le Tibet ! Un pays devenu, depuis son invasion en 1951 par l’armée Rouge de Mao Zedong : la Région autonome du Tibet, une province chinoise. Un pays immense, hier isolé et refermé sur lui-même, aujourd’hui envahi par l’exode massif des chinois. Un gouvernement en exil, celui du Dalai Lama. Une des zone les plus sensible de la planète. À Lhassa, capitale à l’histoire fabuleuse, aujourd’hui métamorphosée, qui s’ouvre depuis peu au reste du monde et à l’économie de marché, un Tibétain, Nima Tsering, est à l’origine de l’un des projets les plus audacieux jamais expérimentés :créer la première école de Guide de haute montagne au Tibet. Un projet qui lui permettra peu-être d’atteindre deux objectifs : donner un métier, à des jeunes tibétains qui pour l’instant n’ont pas d’autre choix que la misère ou le désœuvrement, et développer à long terme le marché de la montagne et du tourisme... Manquant de moyens l’école de Nima est financée par l’association Tibétaine de la Montagne (TMA) sous la tutelle du Ministère des sports chinois et... d’une multinationale suisse ! Nima cherche aussi de l’aide en France. Financée par le ministère des affaires étrangères français, la FFME (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade) envoie donc des formateurs pour enseigner les techniques de l’escalade moderne à ces jeunes tibétains partis de rien. À 4000 mètres d’altitude, au-dessous d’un monastère détruit et en face de la sinistrement célèbre prison de Lhassa où croupissent encore de nombreux prisonniers politiques, ces formateurs français installent le site sportif les plus haut du monde.... ! Un document touchant, qui révèle les nombreuses contradictions soulevées par cette expérience de développement dans l’une des régions les plus troublées du monde.
Le Tibet entre dans l'Histoire avec éclat, entre le VIIe et le IXe siècle, comme empire militaire indépendant et expansionniste, rival de la Chine des Tang et du califat de Bagdad. Les Tibétains rencontrent tous les pays et les civilisations voisines : l'Inde classique, le Cachemire et le Népal, la Perse antique, les routes de la soie et le royaume de Nanchao, au sud-est de leur territoire. Ouverts aux cultures étrangères, ils adoptent de nouvelles techniques et connaissances en médecine, art et architecture, agriculture, arts de la guerre et politique. Ils proclament le bouddhisme religion d'Etat en 779.
Ce n'est qu'au XIIIe siècle, lors de l'expansion d'une autre grande confédération nomade de l'Asie centrale, l'Empire mongol, que le Tibet entre en relation diplomatique avec la cour mongole (1247). Adoptant la religion du Tibet - le bouddhisme du Grand Véhicule - comme religion officielle de leur empire, les Mongols entretiennent avec les Tibétains une relation privilégiée par rapport aux autres pays soumis par cet empire. Pour mémoire, l'Empire mongol est le plus grand empire qui ait jamais existé : il conquiert la Chine des Song (1231-1279), annexe la Corée (1236-1237) et envahit le Vietnam (1288). Pour les descendants de Genghis Khan, qui domptaient en même temps l'Iran et la Russie, avant de frapper à la porte de Vienne, la Chine ne représentait qu'une partie de leur immense empire, au même titre que le Tibet et tous les autres pays conquis. Il s'ensuit qu'il est difficile de déclarer dès lors que le Tibet fait partie de la Chine dès cette période. Les annales historiques de l'époque, le Yuanshi, ne mentionnent d'ailleurs pas le Tibet comme faisant partie de l'Empire mongol.
La relation particulière nouée en 1247 entre l'empereur mongol Godan Khan et le hiérarque tibétain Sakya Pandita est connue sous le nom de "prêtre-patron". Elle va rester, jusqu'à aujourd'hui, la base de toutes les relations diplomatiques entre le Tibet et ses voisins, notamment avec l'autre grand empire voisin, celui des Mandchous (1644-1911), qui régnaient également sur d'immenses territoires en Asie centrale, ainsi que sur tout le territoire chinois han. A l'instar des Mongols, les Mandchous adoptèrent le bouddhisme tibétain comme religion d'Etat et maintinrent à la cour une communauté de religieux tibétains, avec un hiérarque à leur tête, le "précepteur impérial". Fidèles à l'école religieuse qu'ils avaient choisie, Mongols et Mandchous se distinguent fortement des empereurs chinois de la dynastie des Ming (1368-1644), notamment le grand Yongle (1403-1424), qui souhaitait ☛rétablir la même relation avec les Tibétains. Cependant, en tant qu'empereur han Yongle portait un regard tout à fait différent sur la diplomatie. Il choisit la tactique classique chinoise du "diviser pour régner", en donnant cadeaux somptueux, titres et sceaux honorifiques à tous les maîtres tibétains qui répondaient à son invitation à sa cour. La présence chinoise sous les Ming était alors inexistante au Tibet et en Mongolie : la Chine sédentaire des Han n'a en effet aucune prétention expansionniste avant la première moitié du XXe siècle.
Lors de l'effondrement de l'Empire mandchou et de la montée au pouvoir des républicains chinois, en 1911, les intellectuels chinois anti-impérialistes condamnent sans appel l'ancienne dynastie mandchoue "étrangère" et "barbare". Cela ne les empêchera pas de revendiquer les "cinq races" de l'ancien Empire mandchou et les anciens territoires de leurs ennemis comme faisant partie intégrante de la nouvelle Chine. Les communistes chinois, sous la direction de Mao, d'abord clément et ouvert d'esprit, adoptent ensuite cette même vision contradictoire, car peu à peu ils se rendent compte du désir de tous les peuples non hans, à la périphérie de leur territoire, de créer leurs propres Etats, séparés de la Chine nouvelle.
C'est pourquoi, aujourd'hui, la Chine communiste mène à l'égard du Tibet une politique pleine de contradictions. Le régime chinois, à la fois anti-impérialiste et antireligieux, réclame pourtant l'autorité sur toute l'étendue et sur les peuples de l'Empire mandchou déchu. Il revendique, au nom de l'ancienne relation de "prêtre-patron" qui unissait les Mongols, puis les Mandchous aux Tibétains, le droit de diriger les bouddhistes tibétains et de choisir les hiérarques religieux. En même temps, il les traite en sous-hommes et tente de les faire taire par la force.
Revendiquer le Tibet comme partie intégrante de la Chine "depuis toujours" est aussi anachronique que, pour Vienne, au XXIe siècle, de se prétendre le maître du territoire de l'Empire austro-hongrois au prétexte qu'il lui a un jour appartenu. Seuls le fait accompli et la force militaire permettent aux Chinois hans de revendiquer le Tibet.

Hwari Pema Konchok, CNRS
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  • : Humanoïde associé et indissociable mais surtout pas indécis. Engagé, sûrement, humaniste? certainement

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