Haut lieu du bouddhisme japonais, le monastère Zenko-ji a refusé d'être le point de départ du relais de la flamme olympique. Cette décision traduit le trouble qui s'est emparé de la
communauté religieuse depuis le début des événements à Lhassa.
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Le monastère Zenko-ji, à Nagano, devait servir, le 26 avril, de point de départ au relais de la flamme olympique des Jeux de Pékin. Il est finalement revenu sur sa décision à l'issue d'un débat sur
le message qu'il convenait d'adresser aux Tibétains, victimes de la répression chinoise. Lorsque les responsables du monastère ont annoncé, le 18 avril, leur décision, ils l'ont justifiée par leur
volonté d'éviter les désordres. "En tant que bouddhistes, nous nous inquiétons du sort de ce peuple", ont-ils simplement déclaré, refusant d'en dire plus. Pourtant, selon plusieurs sources, alors
que le choix du Zenko-ji n'avait pas encore été remis en question, certains moines estimaient que, même si le monastère servait de point de départ comme prévu, ils devaient exprimer clairement leur
position sur le Tibet. Mais cette opinion n'a pas fait l'unanimité, certains s'y opposant car ils ne voulaient pas "se mêler de politique".
Peu à peu, plusieurs voix se sont élevées pour demander ce que les Tibétains penseraient si le monastère acceptait d'accueillir la flamme olympique. C'est ainsi qu'une tendance en faveur du refus
s'est affirmée. Selon un moine qui a participé au débat, on peut voir dans la décision finale un geste de "solidarité spirituelle". Mais la direction du monastère émet des réserves sur cette
expression. Le Zenko-ji présente la particularité d'être codirigé par deux écoles bouddhistes, le Tendai et le Jodo. Et comme 39 temples dépendent de lui, il n'est pas facile de parvenir à un
consensus. Parallèlement, sept moines du Zenko-ji et d'autres temples ont fondé la Société pour la paix, afin de prier pour le repos des Tibétains qui ont perdu la vie lors des récents troubles.
L'un d'eux regrette que le monastère n'ait pas clairement justifié sa décision au moment de son refus. "Je sens la tristesse de l'existence humaine aussi bien dans l'expérience de ceux qui ont
succombé à une mort violente que dans celle des hommes qui les ont tués. Le bouddhisme prône l'harmonie entre des choses très diverses. Je souhaite œuvrer à l'avènement d'une société où les hommes
seront capables d'accepter des convictions différentes", explique l'un d'entre eux.
Au Tibet comme au Myanmar, les moines ont pris la tête des mouvements de protestation. Une expression pour comprendre cette attitude est celle de "bouddhisme engagé" ou bien de "bouddhisme
militant". Selon les enseignements du Bouddha, chacun doit chercher en soi-même les causes de ses souffrances, mais n'y en aurait-il pas d'autres au sein de la société ? Pendant la guerre du
Vietnam, des moines vivant au Sud-Vietnam s'en étaient violemment pris au gouvernement, qui, loin de chercher à mettre fin au conflit, réprimait les bouddhistes. Des photos de moines s'immolant par
le feu avaient alors circulé dans le monde entier. Pour certains, la raison d'être d'une religion se trouve dans sa capacité à transcender la réalité. Mais, lorsqu'un religieux partage la
souffrance d'autrui, n'est-il pas normal qu'il change de discours et de comportement ? Les événements du Tibet semblent avoir lancé une réflexion non seulement au sein du Zenko-ji mais, plus
largement, dans tout le monde religieux.
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