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La manifestation qui s'est déroulée mercredi 1er mai après-midi à Paris, à l'appel de la CGT et du parti communiste, a été, de loin, la plus importante de celles qui, sur l'ensemble du territoire, ont marqué la fête du travail.

 

Pour la première fois depuis quatorze ans, la grande centrale syndicale et le PC ont renoué avec la tradition des défilés du 1er mai, interrompue en 1954 par le gouvernement Laniel, en raison des graves incidents survenus le 14 juillet précédent. La population de la capitale a largement répondu à un appel auquel avaient refusé de se joindre les unions syndicales parisiennes CFDT et FO en estimant qu'une telle manifestation n'entrait pas dans leurs coutumes.

En fait, si l'initiative de la journée revenait officiellement à la CGT, les cédétistes ne voulaient pas se prêter à un mouvement politisé par la présence des communistes. Dès lors, la FGDS avait également décliné l'invitation. Le PSU, pour sa part, l'avait acceptée, et M. Claude Bourdet prit place sur l'estrade improvisée avec un camion, au pied de la colonne de Juillet.

De toute façon, si la CGT et les fédérations communistes des départements du district parisien voulaient faire la démonstration de la discipline de leurs troupes, elles ont pleinement réussi.

Les organisateurs ont estimé à cent mille le nombre des personnes (vingt-cinq mille selon la préfecture de police) qui défilèrent, deux heures durant, de la République à la Bastille. Elles étaient canalisées par un efficace service d'ordre CGT-PC ; il intervint lorsque des altercations opposèrent des militants à des éléments trotskistes, prochinois et anarchistes, dont certains brandissaient le drapeau noir en réclamant "un gouvernement ouvrier" ; dix-sept personnes ont été contusionnées. Un groupe d'étudiants parvint cependant à s'intégrer dans le cortège.

La dislocation s'effectuait rapidement sans discours, après de fréquents échanges d'applaudissements entre les groupes massés derrière leurs banderoles et la tribune où se trouvaient notamment les dirigeants de la CGT (MM. Séguy, Mauvais, Mascarello, Berteloot, Buhl. Duhamel, Schaeffer, Mmes Colin et Guillé, M. Dréant, Joly), ceux du PC (MM. Waldeck Rochet, Cogniot, Ballanger, Fajon, Laurent) et divers invités, parmi lesquels Louis Saillant, secrétaire général de la FSM (Fédération syndicale mondiale), et des délégués étrangers.

DÉLÉGATIONS ÉTRANGÈRES

La solidarité internationale, en effet, a été le caractère dominant de la manifestation, tant par les slogans scandés ou tracés sur les pancartes que par la composition de la foule qui défilait.

Les Espagnols, particulièrement nombreux et chaleureusement acclamés lançaient des cris hostiles au régime franquiste : " Commisiones, si ! Dictatura, no ! " Les quêteurs étaient bien accueillis et de nombreuses boutonnières s'éclairaient des trois couleurs rouge, or et violet.

Les immigrés portugais et les Grecs avaient aussi constitué d'importantes délégations. Quant à la paix au Vietnam, elle constituait un leitmotiv, tandis qu'on criait : " Johnson, assassin ! ", "Halte à l'agression américaine ! " Autre trait marquant : la jeunesse des manifestants, dans tous les rangs. " Pour les jeunes, du boulot ! ", entendait-on scander, tandis qu'un groupe d'étudiants, le poing tendu, réclamait : "les fils à papa, au boulot ! " 

Pour le reste, c'était l'aspect, désormais classique, des défilés pacifiques de travailleurs lorsqu'ils tiennent la chaussée entre la République et la Bastille : regroupements par professions (les imprimeries de presse en tête), métallurgistes et postiers, personnels des hôpitaux ou des communes, enseignants ou ouvriers du textile, et rassemblements derrière les banderoles d'arrondissements ou de communes de banlieue.

De temps en temps, le poing levé, on réclamait le " Front populaire " ou l'" unité ". Puis revenaient les revendications sur " les salaires ", " les quarante heures ", " les libertés syndicales ", " l'abrogation des ordonnances ", etc.

Les accents de l'Internationale alternaient avec ceux de la Jeune Garde et l'air du Petit Navire qui malmène Georges Pompidou.

Au-dessus des têtes flottaient, ça et là, les étendards écarlates, la chevelure d'un enfant juché sur les épaules paternelles ou une corbeille de ces brins de muguet, qui ont détrôné l'églantine rouge d'antan.

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